Entrelacs-Interlaced // Avec Dominique Malaquais // juin 2022

Entrelacs-Interlaced // Avec Dominique Malaquais // juin 2022

Un projet avec Dominique Malaquais // Evénement les 3/4/5 juin 2022 à la Cité Internationale des Arts – Paris // tables rondes, exposition, installations, performances // Porté par Bénédicte Alliot, La galerie Axis  – Gary Van Wyk & Lisa Brittan [NYC], Kadiatou Diallo, Jean-Christophe Lanquetin, Barton Legum, Elisabeth Malaquais, Julie Peghini, et Elise Villatte, Zahia Ramani, l’équipe de la Cité Internationale des Arts, les étudiants de la HEAR/Strasbourg…

Lien événement ENTRELACS ICI

Un texte dans la revue Multitudes [juin 2022] dans le cadre d’une Mineure consacrée à Dominique Malaquais

Ici surtout le projet autour de la bibliothèque de Dominique Malaquais que j’ai conçu et mis en oeuvre, comme une dissémination de sa pensée dans l’espace, pensée et recherche à partir de laquelle se construisait sa relation aux artistes et au monde.

Le blog d’Elisabeth Lebovici sur l’exposition Entrelacs et le projet de la bibliothèque ICI en parle avec précision.

Un extrait de l’habilitation de Dominique Malaquais décrit le projet de la bibliothèque, qui sera donnée à Chimurenga, au Cap (Afrique du Sud), le moment venu, projet conçu et préparé avec elle dans l’année précédant son départ. On pouvait lire ce texte à l’entrée de l’exposition :

Ce qui m’amène aux livres.

J’en ai beaucoup, collectés avec beaucoup de plaisir. Il y a mes préférés. Première édition du
Devoir de violence, trouvée dans une kermesse à Korhogo en 1985. The Executioner’s Song,
en poche, couverture arrachée, dédicacé par l’auteur. The Bluest Eye1. Bastard Out of
Carolina. Les livres écrits par mon père.
Tous ne partiront pas, bien sûr, mais la majorité si – quelque 6000. Ce dont il est question ici :
un départ pour le Cap, le moment venu.
C’est une bibliothèque tendance mangrove. Je m’explique. Elle a pour principal centre d’intérêt
la non-Europe. L’Afrique et ses diasporas y sont très présentes. L’intention, néanmoins, n’a
jamais été de faire méthode, sens, structure. Pas de complétude. Rhizomes, paysage de racines
aériennes, petits pontons menant de là à là. L’art d’abord, classique comme ultra-contemporain,
mais aussi la boxe. Passablement de poésie. La prison. Les villes, partout au monde mais
surtout pensées depuis le continent. L’adobe, du Bandiagara au pays pueblo. Camps de
voyageurs, de réfugiés, de pêcheurs kwakwaka’wakw. Moins de romans qu’on aurait pu le
penser, mais les choses changent vite (je suis boulimique) et puis il y en a ailleurs, tout un box,
d’Amado à Zola. Cosmocide et cyborgs. Congo et Cameroun ou plutôt Kinshasa, Douala. Le
Cap aussi, justement. De l’incongru (j’ai eu un passage cosplay ; faux et faussaires m’ont un
temps fascinée). Pyramides maya (Palenque, en tout premier), rencontrées à dix-neuf ans ;
surréalisme mexicain. Blues, histoires de funk. Une période Watergate et plus largement CIA
(Contras et torture) ; Abu Ghraïb ; Edward Said, Eyal Weizman. Frantz Fanon. De la race et
de son invention.
S’il fallait trouver un fil rouge, on pourrait dire que ces livres, ensemble, font kit. On est dans
cette bibliothèque comme on est avec moi : quelque part entre pessimisme et certitude de
beauté. Petit kit pour bombe à hydrogène, celle qu’imaginait Sony Labou Tansi : un machin
qui met tout sens-dessus-dessous, parce que l’indicible, la beauté précisément, est de l’ordre
du possible.
Bref, tu mets les pieds dans un drôle de guêpier. Mais bon… Vingt ans de compagnonnage ça
se célèbre. Faisons donc biblio : tu seras en charge des bouquins. Voyons comment.