Blog // un workshop avec Boyzie Cekwana // Université de Bordeaux // 2011

Blog // un workshop avec Boyzie Cekwana // Université de Bordeaux // 2011

A l’invitation de Clyde Chabot // Dept Arts du spectacle – Université de Bordeaux, du 17 au 21 janvier 2011.

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An Email from B.C >> Begining of the reflexion.

hey sir,

here is a thought on on the project. please look through it and let me know your thoughts/questions.

The article of noise

  1.   Let’s imagine it. It can be beautiful or not. It is sometimes necessary, but usually unwelcome. However, noise has an important place in performance. There  are some key ways in using noise to articulate, magnify, or diminish ideas in the performative space.  The performance zone can be polluted/populated with noise (objects, bodies, sound, etc) to create noise. I am curious to explore the kinds of noise we can imagine to create/explore in this regard.

In general terms,  the idea is to try and explore the presence, or notion of “noise” in space. I would like to see if we can imagine noise as not only an aural element, but a visual and physical phenomenon as well. I am imagining creating tasks for the students around the idea of not only imagining, hearing or hearing noise, but to also see it. This is could be an interesting point of intersection between  object intense scenography as well as sensory scenography. By sensory scenography, I am attempting to describe the idea of loading or unpacking the space with sensory stimuli such as sound to imagine them as part of the same construction of a pregnant environment.

This is still a fairly loose idea that may need us to put our heads together in shaping it. I will probably need better vocabulary to describe it.

so, perhaps we could find a moment to connect to talk further on this and some of your ideas.

later
b

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17/01/11 // NOISE // A Diary of the working process

Ils sont une vingtaine d’étudiants, 20 ans de moyenne d’age. Nous avons de jeunes traducteurs, et aussi trois assistants qui gèrent la documentation du projet.

D’emblée, corps, proximité. Pas de discussion préliminaire. Les présentations se font, physiquement. Distance immédiatement rompue. Les étudiants (E) se prêtent de suite au jeu sans fausse pudeur. B parle peu, mais instaure une proximité, les touche, les déplace. Les E se connaissent et ont visiblement envie de cela. Des jeux d’improvisation et d’espace se mettent en place. Explorations immédiates du lieu. Premier jeu, sous forme de groupe serré qui s’entremêle, corps, gestes et sons. Puis l’inverse. Eclatement dans l’espace, dans tout le lieu, la grande salle et les espaces attenants. A partir de sa place, chacun doit agir pendant 2 minutes. Des choses assez personnelles arrivent, racontées, souvent. De l’être ensemble malgré la distance.

Nouvelle règle : ils constituent des groupes mais ne peuvent se parler entre eux, ni avant, ni pendant la performance. Pas de concertation possible. Ils peuvent nous poser des questions. Ils doivent avoir un « thème » commun, lisible par les spectateurs. Au signal, ils ont 5 secondes pour rejoindre un espace, non préalablement choisi, et 2mn pour performer. Les spectateurs les suivent. Les 2mn finies (un chronométreur, dit « c’est fini » au micro), tout le groupe, performers et spectateurs, a 5sec pour revenir au centre. Et 10 pour qu’un autre groupe se décide à partir ensemble dans une direction. Ainsi, 5 performances s’enchaînent sans temps mort.

Nous reprenons l’exercice une seconde fois. Arrive la question du « refaire » ; comment s’appuyer sur l’expérience acquise, comment le vécu intérieur change. Ils se mettent à chercher, on voit les moments de flottement, le doute, l’apparition de nouvelles pistes. B, sans le dire, a modifié la durée, 3mn alors qu’ils pensent qu’il s’agit de 2mn. Personne ne le remarque.

Puis, débat : la question de la spontanéité. Qu’est ce qui est spontané ? Les états plus difficiles liés à l’acte de refaire. L’écart entre l’expérience vécue par le performer et celle vécue par le spectateur. Le fait que la seconde fois c’était généralement plus intéressant pour les spectateurs, alors que l’expérience était différente, et souvent moins intense pour les performers. Suite à la première discussion, le public aussi a adapté les espaces, car il s’attendait à retrouver quelque chose, alors que souvent cette chose n’est pas revenue. Bon exemple de la dimension vivante de la relation performer – spectateur. Je parle de l’écart, de son importance, du fait que cet écart est « vivant », et que le combler tue la complexité de la relation Acteur-Spectateur.

Certains E défendent la spontanéité vécue lors de la première séquence, alors qu’elle était monotone pour les spectateurs. Nous le leurs disons, et B finit en expliquant que spontanéité et attention au contexte, recherche, ne sont pas incompatibles. Car l’autre débat est autour de l’imitation. Ils miment, s’enferment dans le remplissage et le mime. Une part essentielle du travail de la semaine sera des les éloigner de cela, de les amener à considérer le lieu, leur corps, comme un « bruit/noise », un être là. Et en étant attentifs à cela, à commencer à travailler avec.

Noise, non pas dans un sens sonore, mais d’« être un bruit ».

18/01/11 // NOISE

Répéter. Travail sur l’écoute et la présence, la responsabilité à la fois individuelle et collective. Jeux simples autour de cela, afin de faire émerger chez les E ce double niveau de conscience. Yeux fermés, compter jusque à 21 (ils sont 21), mais recommencer chaque fois que deux personnes disent un chiffre ensemble. Porter quelqu’un en l’air : tous portent alors que 4 suffisent. Etc… Puis nous reprenons les « solos » dans l’espace. Chacun depuis un endroit de son choix dans ce grand lieu, intervient pendant 2min.

(NOTES PENDANT L’EXP) Principe de répétition, creuser, chercher en creusant. Reprise d’un exercice solo dans tout le lieu. Hier, très narratif. Aujourd’hui, 1 fait une marche, 2 un cri, une traversée d’espace. Gestes plus simples, mais démonstratifs. Tj recours à la fiction > dire quelque chose (à tt prix). Moins de temps morts, ils enchaînent. Une E s’adresse enfin aux autres. Ils commencent à prendre en compte l’espace, même si besoin d’un récit. Agissent. 1 E se met à déplacer tout le monde. Mais toutes les propositions restent soumises à un principe de récit. Mime. La question du « bruit », de la présence, de l’écoute, du lieu, reste seconde.

Les propositions, si elles prennent un peu plus en compte l’espace et le contexte, restent très très narratives. Une branche à laquelle on s’accroche. Alors nous changeons le jeu. Demi cercle, tous assis sur une chaise. Et chacun intervient, 2min (en fait 3). Et chaque fois que nous voyons qu’ils construisent leurs actes, gestes, selon un principe narratif ou de fiction, les langues des spectateurs claquent. Comme la limite est subjective, même si sometimes on voit bien le principe narratif à l’œuvre, parfois quelques langues claquent, parfois beaucoup. Cela génère une manière de regarder et surtout on voit les étudiants chercher, essayer de trouver d’autres pistes. Exercice passionnant. Parfois ça claque fort, alors ils abandonnent et se couchent. Il suffirait qu’ils rendent lisible et conscient cela pour être à l’endroit cherché. Mais ils ne trouvent pas encore. Ou parfois. D’autres pensent que l’immobilité est la solution, mais ils la chargent d’intention, alors ça claque. Ils sont désarmés et le disent. On se sert ici de John Cage, qui parle du fait de juxtaposer les choses, les actes, les sons, et non de les lier. Ici, on leur demande de défaire le lien intentionnel, afin que le spectateur puisse construire le(s) sien(s).

Puis nous inventons un jeu autour de la question du spectateur : 4 groupes. Un groupe commence à performer. Au bout de 2min, le « timer » (qui parle au micro) dit « transition ». Ils ont alors une minute pour passer le relais à un second groupe, qui fait partie des spectateurs. Ce nouveau groupe continue la performance et ainsi de suite, en relais. Cette minute, ou comment être dans un état intervallaire, intermédiaire, entre performer et viewer, les désarme. Le réflexe serait plutôt d’être autoritaire, voire un peu violent. Dans la discussion, une étudiante dit « on ne sait plus qui est qui, c’est la confusion ». Pourtant, quelques uns ont commencé à traverser l’espace, à inventer des glissements, à intervenir dans un autre espace simultanément à l’espace principal. Bref, à déconstruire, un rapport basique, une direction unique (ou principale), des assignations soit disant claires (en fait dictées par des principes rigides). Mais comme à chaque fois que cette question du spectateur est abordée avec des E, la question du pouvoir est là, d’emblée. Assignation du public, spectateur en tant que groupe. Un public est un corps commun, collectif, on doit obéir à l’être public, à l’être masse. Traces de cela dans les habitudes. Tradition autoritaire de l’espace théâtral européen ? Crainte du chaos ? Les E sont assez désarmés. Fatigués aussi. On sent que les deux propositions, cesser de « fictionnaliser », et inventer des états intermédiaires entre performer et spectateur, c’est dense en une après midi. La spontanéité du premier jour est remplacée par un sentiment que tête et corps sont séparés.

 

19/01/11 // NOISE

Nous visitons une expo au CAPC : Robert Breer. Des sculptures, posées dans l’espace vide de l’ancien entrepôt. Très simples, voire pauvres, matériaux communs, polystyrène, plastic, etc… Minimalisme. Sauf que… elles se déplacent. Très lentement, voire imperceptiblement. Ce qui met tout le lieu en tension et déplace l’attention du spectateur, qui se met à les regarder avec beaucoup de précision, à les suivre, à focaliser sur la matérialité du déplacement. Certaines ne bougent pas, ou juste frémissent, (un plastic noir plissé par des éléments posés en dessous, sans qu’apparemment rien ne bouge, suffit à rendre les plis dynamiques) Il fait de même avec une toile (un carré banc), sur un mur rayé. Il n’y a rien à voir, sinon le mouvement, et c’est passionnant.

Nous pressentons les étudiants un peu inquiets de ne pas « réussir » (ce n’est en aucun cas l’enjeu tant ce que nous ouvrons et vaste et ne peut se « résoudre » en une ou deux expérimentations). Alors la première partie de la séance du mercredi est consacrée à du travail corporel (dépense d’énergie, jeu…). Mené par Boyzie pendant que j’écris ces lignes. Nous leur demanderons ensuite un exercice très minimal, à partir du principe de « bruit ». Si vous êtes debout devant nous, quel serait un « bruit » (geste, son, regard…) presque imperceptible, comme ces sculptures très banales de Robert Breer, mais dont le mouvement imperceptible capte notre attention (amusant hasard, car Breer a été lié à Fluxus, Cage…).

Nous parlons un peu de « noise ». Le principe du performer comme « noise », de la singularité, de la présence, comme « noise », semble acquis. Différence bruit – son, musique. Mais en fait, nous ne voulons pas parler tant que ça, il n’y a pas vraiment besoin.

Vient l’exercice minimal : en demi cercle, un par un. Cette fois les 2min sont bien 2min. Un état de présence, un geste, presque rien.

(NOTES PENDANT L’EXP): Ils ne font presque rien et j’aime beaucoup cela. Mais certains ne font rien, ils cachent, ne donnent rien à voir. Coupure d’avec le spectateur. On sent que c’est difficile – certains essayent juste l’immobilisme et le vide, d’autres y arrivent. Une fille ouvre une porte, très lentement, une autre se concentre sur l’ouverture de la main, une troisième se lève de sa place et y retourne aussitôt, le simple fait de rester assise et impassible focalise les regards, un garçon cherche par le mouvement, il est le seul à tenter cette direction, un autre pose un doigt sur ses lèvres et le déplace lentement, etc… Une fille s’assied, la position de son corps « prend » toutes les directions de l’espace, elle devient comme une sculpture, et tourne juste la tête lentement, regardant les spectateurs. Lorsqu’ils racontent, ils disent de suite « j’avais envie de disparaître, de passer sous un camion », angoisse, malaise. Quelques uns de dire, « j’étais bien et cela m’a surpris ».

Je parle de la bascule du « travail », d’espace, de liberté dans le champ du spectateur. Moins ils en font, tout en nous adressant quelque chose (mais pour certains cela n’arrive pas jusque à nous), plus le spectateur focalise. Je parle de gros plan (notre attention constante sur un point précis, ici leur corps ou une partie de leur corps). De partage de responsabilité, comment un tel travail demande la concentration, l’accompagnement des spectateurs.

B demande aux Ede dire leur intention, afin d’entrevoir l’écart (ou pas) avec ce que les spectateurs ont vu. Mais nous sommes interrompus par le temps, il est 18h et chaque jour (mercredi, jeudi, vendredi) nous accueillons du « public ». Ce sont plutôt des témoins d’un travail qui continue en leur présence. Petite montée de stress autour de nous. Nous inventons un nouvel exercice. Reprise de l’occupation de l’espace dans son ensemble, et des « solos », avec une dimension biographique cette fois (libre, ouverte, minimale) ; durée 2min (réelles). B y ajoute une seconde temporalité d’intervention, plus libre, des contrepoints, des « commentaires », des compléments, 4-5 performers pouvant intervenir dans une temporalité plus longue, plus courte (que les 2min), simultanément aux « solos ». On accueille le public, qui s’installe dans un coin, sauf deux personnes qui vont dans l’espace. B doit intervenir pour que les « contrepoints » commencent. Il performe. Il interviendra aussi pour essayer de faire comprendre aux E qu’ils peuvent déconstruire la place des spectateurs. La perf fonctionne mais les E perdent le collectif, la règle des solos se perd aussi, ça part un peu dans tous les sens, volume, agitations, gestes, bruits… c’est un peu « scary ». Nous finissons par mettre fin, afin d’avoir le temps de parler. Mais un pas est franchi, la grande rapidité des E à intégrer les consignes nous surprend, les intuitions viennent dans l’espace, dans le corps de la perf. Ce qui nous conduit à nous dire que jeudi nous devons entrer dans le détail de ce que chacun fait.

Piste / Question : Se met en place une manière d’aborder la question du spectateur & de la scénographie au cœur du travail du plateau et du corps, via la performance. Par le fait que nous sommes à la fois performers et public et que l’on passe d’un état à l’autre. Ainsi l’espace/corps s’essaye réellement. – Une expérimentation possible : performer dans l’espace, un parcours par ex. Puis, réadapter la chose dans un rapport frontal, devant un gradin. Comment maintenir vivant ce qui s’est déployé dans l’espace. – Je cherche aussi des pistes autour du « mal faire ». Selon le principe d’équivalence « bien fait, mal fait, pas fait » (Fluxus).

 

20/01/11 // NOISE

De nouveau training physique, plus bref. Puis nous reprendrons les deux exercices d’hier, tant il nous semble important de les faire travailler sur l’expérience acquise. Mais cette fois dans les deux cas nous interviendrons. Nous guiderons. Car nous voulons qu’ils avancent dans la possibilité de ce travail minimal. Et dans l’attention simultanée à la règle commune, à l’énergie collective et à leur propre parcours.

Retour à l’exercice solo. Même règle, mais durée 1:30mn au lieu de 2. Ils devinent enfin notre jeu avec le temps, car certains comptent pendant qu’ils font leur perf. Le travail est plus précis, ils choisissent plus consciemment. Moins d’angoisse à être sur le plateau. Des présences rythmiques apparaissent, ils cherchent des mouvements, des vibrations, des immobilités mouvantes. Tenir la régularité lente d’un geste. Pourquoi certains vont loin, d’autres se mettent près de nous ?

Discussion sur la présentation d’hier soir devant les témoins, le fait que la règle du jeu s’est perdue et l’énergie est partie dans tous les sens. Les E parlent beaucoup, ils disent l’essentiel. B parle des différents niveaux de règle, l’importance d’articuler constamment l’individuel et le collectif, la question de l’écoute, du travail à la fois solo et commun. Nous y retournons. Des solos très biographiques au sens d’un « noise » ; durée : 1min. Et cette fois, l’être ensemble et l’écoute sont là. C’est précis, devient presque graphique avec des correspondances de corps dans l’espace. De l’écriture improvisée apparaît. Ils s’écoutent, amplifient certains actes, jouent en contrepoint, entrent en relation.

Public : 12-15 spectateurs extérieurs – à qui j’explique leur rôle de témoins, comment nous avons besoin de leur présence pour expérimenter (leur présence extérieure modifie l’air même du lieu, tous les états de corps changent, et évidemment ceux des performers – ou comment faire de cela autre chose que le stress d’une présentation devant un public, comment jouer avec cela) – se mêlent aux E. Nous les impliquons dans une expérimentation en 4 groupes. Retour sur le jeu de relais entre performances. La transition se fait soit en 5sec, soit en 1mn. Le « timer » décide. Nous choisissons les règles avec les étudiants et leur demandons de travailler avec le public sans le toucher, sans être autoritaires (question éthique).

Brève discussion avec le public ; les témoins parlent de leur ressenti devant de multiples états intermédiaires, notamment des états de spectateurs qui ressemblaient à des états de performers, en fait les E en attente de performer. Les E commencent à réellement utiliser les potentialités d’interaction, de traversée, de déplacement du regard spectateur, de création de « scènes » multifocales. Puis discussion entre nous. B dit le fait que si l’acte est clair, le public suit, la précision du performer permet d’emmener les gens où l‘on veut. Ecoute avide de la part des E. Atmosphère plus légère, plus détendue. La parole se libère. Ils parlent de leur désarroi du mardi soir. Et comment aujourd’hui les choses se remettent en place.

Plus tard, je lis ceci, dans « Pour les oiseaux », les entretiens avec John Cage : « ce qui importe, c’est de rendre la situation complexe. Les gens ne se mettent à participer vraiment que dans le cas d’une situation déjà complexe. Le rôle du compositeur est de préparer les éléments qui permettront de rendre complexe la situation. »

 

21/01/11 // NOISE

Dernier jour. Expérimentation de l’idée de « mal faire ». Selon le principe « bien fait, mal fait, pas fait » (Fluxus). Perfs de groupe, 4mn. 5mn pour se concerter. Lors de la discussion après les perfs, un groupe fait la critique d’un autre. On le fera une première fois, puis on annoncera qu’on va le refaire avec la « contrainte » de « mal faire ». Nos discussions préparatoires à B et moi ont lieu dans un restaurant « américain » rose, au décor horriblement kitch, avec écrans plats partout diffusant des cartoons !

En fait, impossible car le premier jeu semble être un retour en arrière, retour du narratif dans un sens littéral, malgré une prise en compte évidente des règles du jeu. L’instinct a repris le dessus, raconter, gigoter, être ensemble au détriment d’une ouverture. Il faut donc réinterroger cela. Les E se « critiquent », mais en fait pas réellement (ils admettront qu’ils ont surtout l’habitude de se soutenir entre eux). Nous espérons qu’ils percevront ce qu’il s’est passé, en fait non. Puis nous parlons, B le fait avec précision. Douche froide quand même, désarroi plutôt. S’en suit une discussion, engagée, les E sont désarmés et cela se sent. Alors B leur montre, comment l’instinct, on peut le suivre… ou pas, l’interrompre pour faire autre chose, faire l’inverse. Pour moi le moment est parfois difficile car les traducteurs font de leur mieux mais ne connaissant pas les codes de la perf, ils « éloignent » par moment le sens. B le sent, je le sens, par moments je prends la main sur la trad, car c’est le seul moyen de rester ensemble, mais les traducteurs essayent de reprendre la main. Les étudiants doutent, mais quand B agit, montre, les choses s’apaisent, redeviennent plus claires. Nous prenons soin de préciser que cet endroit de la pratique est un champ immense, aux multiples pratiques, questionnements, manières. Pause puis nous inventons un exercice qui essaye d’inscrire dans les corps ce que nous venons de discuter : 3 pers sur le plateau. Quand on a une impulsion par rapport à un performer, on commence par la suivre, puis on l’interrompt. Et (contrainte difficile) : pas de regard dans les yeux. Puis, autre jeu, quand on a une impulsion, on fait l’inverse. Les E s’emparent de la proposition avec une avidité à jouer, à comprendre, à faire expérience par le corps, qui me touche beaucoup. L’énergie est de nouveau là, immédiate.

Nous définissons le jeu devant témoins (à 18h) – seuls 4 viendront : reprise une dernière fois du jeu des biographies et des contrepoints. Cette fois, sur proposition des E, le « timer » peut le faire varier le temps entre 1 et 4mn. Lorsque Clyde s’inquiète du « débordement » de la première expérimentation, les E répondent : « on sait comment faire ». Effectivement ils savent. La perf dure 50 minutes environ, beaucoup d’actes forts, assumés, longues immobilités, traversées, écoute collective. 50mn, c’est long, cela va et vient, mais quelque chose est là, des « narrations » se font, mais autrement, s’interrompent, de l’imaginaire circule entre les performers. B intervient en chantant dans un couloir attenant. Les E perdent un peu le fil, le « timer » ne retrouve plus les solos, cela se termine dans un état de plaisir commun et visible à être en jeu, La lumière baisse lentement, la grande porte a été ouverte, la lumière de la nuit prend le dessus.

Fin du workshop.