Ziguehi // Nadia Beugré // Création 2027

Ziguehi // Nadia Beugré // Création 2027

Création Festival d’Automne 2027 — Théâtre de la Ville [projet en cours]

Sur presque trois décennies, les Ziguehis ont façonné l’histoire d’Abidjan.

Tour à tour gros-bras, voyous, héros urbains, mains sales du pouvoir ou chefs de gangs, au gré des contextes économiques, ils ont incarné autant de manières d’échapper, par une violence extrême et le façonnement de leur corps, aux marges, à la précarité, de sortir de l’invisibilité des quartiers populeux.  Autant de façons de créer de l’appartenance, de la reconnaissance et des légendes…

Au début des années 70, la Côte d’Ivoire, en route pour la modernité, vit une période de croissance économique sans précédent. Les premiers cinémas voient le jour, véritables lucarnes sur un monde qui ressemblerait à Hollywood. Les jeunes y trainent, c’est à qui copie le mieux les allures et les exploits de Bruce Lee, Chuck Norris ou Jacky Chan. Dans les quartiers, les jeunes passent leur temps libre à soulever de la fonte.

Mais le miracle ne fait pas long feu. Début des années 80, le pays traverse une grave crise économique. À la hausse de la criminalité répond le développement de milices d’autodéfense. Ceux qui soulevaient la fonte prennent la rue…

C’est la naissance du mouvement Ziguehi. Sur trois décennies, il se développera jusqu’au phénomène « microbes » en 2010-11.

Les Ziguehis alimentent les bagarres, rackettent, mais aussi protègent des quartiers. Surtout, ils participent à la création d’une identité urbaine singulière venue d’en bas et qui s’impose à toute une société, ce sont eux qui inventent le nouchi, la langue la plus parlée aujourd’hui à Abidjan, mais aussi des styles musicaux et des danses…

Après Prophétique et Filles-Pétroles en 2023, Nadia creuse dans les marges d’Abidjan, s’attachant plus particulièrement aux modalités de construction d’identités singulières pour une jeunesse oubliée et en feu. Comment les muscles et la violence ont-ils répondu à ce besoin quasi inextinguible des jeunes de sortir des profondeurs de l’anonymat, d’attraper la lumière pour créer des légendes ? Comment sont-ils devenus en quelque sorte une voie d’émancipation ?

Virginie Dupray — [Photo Christian Romain Kossa]

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