Une scène dans la vasière // Avec Hamza Lenoir & Le Royaume des Fleurs // Mayotte 2023

Une scène dans la vasière // Avec Hamza Lenoir & Le Royaume des Fleurs // Mayotte 2023

Un projet d’artiste dans la vasière des Badamiers à Mayotte [Petite Terre] dans le cadre d’une collaboration au long cours avec le Royaume des Fleurs [Djodjo Kazadi & Marie Sawiat] // Avec Hamza Lenoir [dramaturgie et écriture] & les artistes du Royaume des Fleurs // Projet soutenu par le Royaume des Fleurs [artiste associé], la Direction des Affaires Culturelles de Mayotte et l’Office Français de la Diversité – Parc Naturel Marin de Mayotte // En cours, création en 2023.

Construire une interface entre milieu naturel et milieu urbain dans et autour de la Vasière des Badamiers, un espace d’inter-relation poétique, de contact entre tous les vivants, à résonance imaginaire. Un espace qui interroge via des gestes d’artistes la possibilité d’un monde habitable par les humains et les non humains, un monde commun. Cette interface prendra la forme d’un ensemble de micro-espace[s] physique[s] et performatif[s].
Je les appelle ‘scènes’.

A Mayotte, je m’intéresse aux relations qu’entretiennent les habitants de l’Ile [Petite Terre en particulier] avec un milieu vivant dont l’intensité me touche constamment. La Vasière des Badamiers est située juste derrière le Royaume des Fleurs, friche artistique où je travaille. C’est un milieu marin protégé, entre mer et terre, une interface. Mais ce qui frappe d’emblée, ce sont les frottements avec la ville qui se développe, les tensions qui en résultent, liés à la présence des hommes. Ce sont ces tensions que je souhaite interroger, dans un geste d’artiste, porteur aussi d’une dimension didactique.

Le projet se déroule en plusieurs étapes :


1. Une recherche multi-facettes collective, visuelle, sonore, documentaire, des dialogues, récits et pratiques actuels et anciens, avec les habitants de Petite Terre, les artistes du Royaume des Fleurs, le Parc Marin, avec les associations qui travaillent sur le vivant dans la vasière.
2. Une exploration photographique autour et dans la vasière, travail qui pourra faire l’objet d’un accrochage dans les espaces urbains de Dzaoudzi, Pamandzi et de la Vigie.
3. La construction d’une série de ‘scènes’, éphémères ou plus permanentes et son activation sous la forme d’un événement, un ensemble de performances, de récits portés par les personnes avec qui nous aurons travaillé (artistes du Royaume des Fleurs, enfants, personnes intéressées, etc.). Les ‘scènes’ pourront rester à demeure, vivre leur vie au rythme de l’écosystème, accessibles [ou non] à ceux qui le souhaitent, visibles en différents endroits autour et dans la vasière. Elles pourront être activées lors de nouveaux événements ou simplement s’effacer lentement.

J’utilise le terme ‘scène’ non pas au sens conventionnel et théâtral du terme mais comme un espace de prise de parole physique et poétique que les vivants présents dans la vasière et autour investissent, envahissent, habitent, creusent, performent de manière éphémère ou permanente. Poissons, plantes, vent, oiseaux, humains, eau, palétuviers, herbier… Enjeu intéressant puisque les vivants ne parlent pas, ce qui nous engage, nous humains, sur la manière dont leur présence peut être prise en compte. Je souhaite que ces ‘scènes’, disséminées autour et dans la vasière, génèrent de l’imaginaire, de l’attention, des questions concrètes chez les gens : comment y aller ? A plusieurs, seul ? N’importe quand, en fonction des marées ? A pied ou en bateau ? Sont-elles visibles, de près, de loin, ou quasiment indétectables ? Quelle est la nature de nos co-présences ? Doit-on, peut-on y faire quelque chose ? Intervenir ? Ou non. Sont-elles inaccessibles par moments pour préserver la tranquillité de l’écosystème ? Quelle appréhension avons-nous de ce milieu vivant ? Ces ‘scènes’ engagent une attention, un ensemble de questions sur les manières d’interagir avec le vivant, tous les corps/présences qui s’y déploient. En même temps cette interdépendance matérialisée est ludique, joyeuse, des états poétiques, contemplatifs.

Ces ‘scènes’ n’auront pas l’aspect d’un plateau de théâtre : le palétuvier, son ‘architecture’ s’avère être une piste porteuse à la fois d’imaginaire, de potentiel constructif pour créer ces espaces, de déplacement de l’ancrage du corps, de la marche notamment. Il pourra aussi simplement s’agir de chaises. Ou d’autre chose.

Dans un moment de forte mutation du territoire urbain de Mayotte, la vasière est le témoin de la part muette mais pas silencieuse, car omniprésente, des dynamiques de vie sur l’ile. La mer, la lumière, le végétal, l’animal, au coeur de l’ordinaire, de la vie des gens depuis toujours, sont aujourd’hui fragiles et menacés par les mutations en cours, l’accélération de l’aménagement du territoire, les constructions, les tensions migratoires. Le milieu naturel se fait réceptacle de ces tensions de toutes natures car il est à la fois porteur d’une diversité des modes de vie, de leur ancienneté, et lieu de pratiques multiples, de respirations le plus souvent souterraines, discrètes, traditionnelles, mystiques, méditatives. Le milieu vivant est un espace hors champ essentiel, auquel il convient de prêter grande attention.
Ce projet souhaite interroger aussi cela.

Septembre 2022